La question du Brexit désormais tranchée, quelles pourraient être les perspectives pour les actions britanniques en 2020 ? Luke Newman, gérant de portefeuille de la stratégie UK Absolute Return, nous éclaire sur les risques et les opportunités qu’il identifie pour les prochains mois, tant du côté long que court.

Principaux points à retenir :

  • Pour la première fois depuis 2016, le marché des actions britanniques est redevenu un marché intéressant pour l’investissement grâce à la levée des incertitudes quant à la direction que prend le Brexit.
  • Comme l’ont promis les conservateurs dans leur programme, le budget britannique qui sera bientôt présenté devrait dévoiler une importante hausse des dépenses publiques, mettant l’accent sur le développement d’infrastructures.
  • Selon nous, il est raisonnable d'adopter une approche d’investissement flexible et prudente compte tenu des incertitudes et des risques géopolitiques accrus.

La confiance des investisseurs à l’égard du marché actions britanniques s'est améliorée depuis les élections britanniques qui ont, contre toute attente, vu le parti conservateur déjà en place remporter une large majorité, mettant un terme à plusieurs années de débats et d’incertitudes. Le rejet d’un gouvernement perçu par les votants comme appartenant à la « gauche dure » s'est traduit par un soulagement dans les secteurs qui étaient dans la ligne de mire des travaillistes, le parti d’opposition, tels que la construction de logements, les services aux collectivités et la finance, qui sont repartis à la hausse. Les secteurs axés davantage sur le marché domestique ont été les premiers à en profiter, tandis que le léger sursaut de la livre sterling a également permis aux sociétés cotées au Royaume-Uni qui réalisent une part importante de leurs bénéfices à l’étranger de ne pas être défavorisées. La possibilité d’un Brexit sans accord demeure sur la table des négociations, c’est pourquoi nous avons jusqu’à présent évité que la monnaie ne s’apprécie fortement, ce qui aurait impacté le rapatriement des profits.

L’horizon politique finit par s'éclaircir

Nous avons beaucoup parlé des défis auxquels les marchés britanniques ont été confrontés ces dernières années. Les incertitudes liées à l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne ont lourdement pesé sur le sentiment des investisseurs à l'égard des actifs britanniques et ont rendu de nombreuses entreprises indécises dans leur stratégie d'investissement. L’élection pour la première fois depuis un certain temps d’un gouvernement majoritaire, mis en place grâce à l’engagement pris sur l’obligation de réaliser le Brexit, nous donne néanmoins quelques indications sur la direction que nous allons prendre à partir de maintenant, au moins pour les quelques prochains mois. Cela a induit un changement important pour notre marché national : le marché des actions britanniques est redevenu un marché intéressant pour la première fois depuis 2016.

D’un point de vue politique, le parti conservateur est désormais bien placé pour déployer sa stratégie de Brexit et développer l’ensemble de sa politique intérieure, transformant potentiellement le Royaume-Uni en un terrain pour expérimenter l’augmentation des dépenses publiques. Il y a un an, cela aurait semblé impossible. La question la plus épineuse à l’époque était de savoir si le parti conservateur, alors divisé, était en mesure d’obtenir suffisamment de soutien (y compris un soutien sans participation du parti unioniste démocrate) pour l’accord de sortie prévu par Theresa May, tandis que le Parlement votait le renforcement des mécanismes permettant d’empêcher qu’un scénario sans accord ne se profile. Tout comme le paradoxe du chat dans l’expérience de pensée menée par le physicien autrichien Erwin Schrödinger dans les années 1930, il était impossible de prédire si l’accord de Brexit était mort ou vivant jusqu'à ce que l’on en soit tout à fait certain.

Dans la perspective du prochain budget prévu pour le 11 mars, nous pensons que le nouveau Chancelier de l’Échiquier britannique, Rishi Sunak (nommé à la place de Sajid Javid suite à sa récente démission), devrait annoncer la mise en œuvre de politiques budgétaires plus expansionnistes, en ligne avec les promesses du programme des conservateurs en matière de dépenses. Le budget offre l’occasion d’examiner les effets possibles d’une hausse des dépenses publiques sur les sociétés cotées au Royaume-Uni qui pourraient en profiter, avec des niveaux de dépenses possiblement accrus pour le développement d’infrastructures.

À l’échelle mondiale, la détérioration des statistiques économiques et la puissance monétaire limitée ont incité les gouvernements et les banques centrales à envisager la mise en œuvre de politiques budgétaires plus expansionnistes, ce qui aura probablement des conséquences sur l’inflation. En comparaison, nous pensons que les sous-valorisations à long terme et la hausse des dépenses publiques font du marché britannique une source de valeur potentiellement intéressante. Des risques persistent toutefois, notamment les inquiétudes concernant la propagation du coronavirus hors de Chine et ses conséquences sur la croissance économique.

Qu'en est-il actuellement des actions britanniques ?

Pour en revenir au sujet omniprésent du Brexit, il est difficile d’anticiper avec précision les conséquences que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pourrait avoir sur les actifs britanniques sur le long terme. Mis à part l’aspect politique, le sentiment des investisseurs à l'égard des entreprises britanniques dépend probablement beaucoup de l’image que renvoie le gouvernement dans les négociations sur un futur accord commercial entre le Royaume-Uni et l’Union européenne en 2020. Les investisseurs restent très sensibles à l'actualité. Nous en avons eu la démonstration au mois de décembre, lorsque l’annonce du Premier ministre britannique Boris Johnson, qui avait déclaré qu’il ne prolongerait pas la période de transition où qu'en soient les négociations, a ravivé les craintes de voir se profiler un dangereux Brexit sans accord. Les cours de la livre sterling et des actions britanniques ont plongé à l’annonce de cette contrainte de temps supplémentaire, pesant de manière inattendue sur les négociations.

À ce stade, la stratégie de négociation du gouvernement sur la sortie de l’Union européenne reste obscure, et le risque géopolitique est toujours élevé, compte tenu notamment des récents événements au Moyen-Orient et de la guerre commerciale opposant les États-Unis et la Chine. À mesure que la nouvelle année avance, les investisseurs examineront les opportunités tant du côté long que court, reflétant les bons niveaux de dispersion entre les valeurs que nous observons dans différents secteurs. À long terme, il y aura à la fois des gagnants et des perdants. Dans ce contexte, nous pensons qu’il est raisonnable d'adopter une approche d’investissement flexible et prudente.