Faire abstraction de la volatilité liée aux élections

Principaux points à retenir

  • La présidentielle américaine arrive à un moment crucial, alors que l'évolution de la pandémie de Covid-19 et les perspectives économiques restent incertaines.
  • Par conséquent, les actions américaines pourraient connaître un regain de volatilité dans les mois à venir, le temps que les marchés digèrent une conjoncture macroéconomique compliquée et une possible alternance politique à Washington.
  • Néanmoins, les replis des marchés observés à l'occasion des élections sont souvent davantage liés à la peur qu'à la réalité des politiques mises en œuvre et sont susceptibles de créer de belles occasions d'investir à bon compte dans des entreprises de grande qualité.

Alors que l’élection présidentielle du 3 novembre aux États-Unis approche à grand pas, les marchés évaluent la probabilité d’une victoire du président sortant républicain ou de son adversaire démocrate, ainsi que l’impact sur les marchés actions. Depuis 1960, l’indice S&P 500® progresse 80 % du temps dans les mois qui précèdent une élection présidentielle et, en général, il poursuit sa progression dans les 12 mois qui suivent le scrutin, et ce quel que soit le parti au pouvoir (cf. tableau ci-dessous). Sans surprise, la pandémie de Covid-19 a compliqué la donne de ce scrutin : les marchés actions se sont effondrés en début d'année lorsque le coronavirus s’est propagé avant de rebondir lorsque les banques centrales ont produit un effort de relance massif et que le déconfinement a permis la reprise de l'activité économique. Alors que l'évolution de la pandémie reste incertaine, la présidentielle américaine se tient dans une période cruciale mais les politiques qui seront appliquées dans les mois et les années qui suivront le scrutin seront peut-être moins déstabilisatrices que ne le redoutent les investisseurs.

PERFORMANCE DES ACTIONS LORS DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES AUX ÉTATS-UNIS
En général, le S&P 500 progresse dans les mois qui précèdent une élection présidentielle et dans les 12 mois qui suivent.

Source : Bloomberg, septembre 2020, Janus Henderson Investors. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures.

Une conjoncture macroéconomique difficile

Il est vrai que certaines valeurs évoluent déjà en dents de scie au gré des sondages. Au cours de l'été, certaines valeurs dites « bleues » (celles susceptibles de profiter d'une victoire du candidat démocrate Joe Biden) ont vu leur cours grimper du fait de l'avance confortable de l'ancien vice-président dans les sondages.1 Mais la pandémie et la crise économique qui en résulte ont rendu les perspectives plus floues. Prenons par exemple le secteur de la santé. Donald Trump et Joe Biden ont tous les deux prôné des réformes significatives du système de santé américain, dont certaines visent à faire baisser les prix des médicaments délivrés sur ordonnance. Par le passé, de telles propositions auraient pesé sur les valeurs de la santé pendant la campagne électorale, comme ce fut le cas en 2016.2 Mais cette année, le secteur de la santé (et notamment les valeurs biotechnologiques) a surperformé le marché dans son ensemble alors qu'il relève le défi de la mise au point de vaccins contre le coronavirus et de traitements contre la maladie qui en résulte (Covid-19).3

Les marchés ont également été influencés par l'effort de relance considérable de la Réserve fédérale américaine en réaction à la pandémie. Alors que le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans est historiquement bas, des entreprises en plein essor qui exploitent bien souvent des plateformes numériques sur lesquelles les consommateurs se sont rués, distanciation physique oblige, ont vu la valeur de leurs bénéfices et de leurs flux de trésorerie futurs augmenter. Dans le même temps, la spectaculaire contraction de l'économie mondiale a pesé sur les entreprises très dépendantes des perspectives économiques. Du coup, l'écart de performance entre ces entreprises est anormalement important et cette situation pourrait perdurer jusqu'à ce que la croissance économique s'améliore ou que les taux d'intérêt augmentent, indépendamment du résultat de la présidentielle (cf. graphique ci-dessous).

LES VALEURS DE CROISSANCE SURPERFORMENT LES VALEURS DÉCOTÉES
Autre tendance forte de cette année : les entreprises en plein essor (valeurs de croissance) surperforment les entreprises davantage sensibles à la conjoncture économique (valeurs décotées) dans des proportions sans précédent.


Source : Bloomberg, données du 31 décembre 1990 au 31 août 2020. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures.

Que deviennent les promesses de campagne ?

La relance de la croissance économique sera probablement une priorité de la Maison Blanche quel qu'en soit le nouveau locataire. Cependant, les deux candidats ne s'y prendraient pas de la même manière. Donald Trump propose un report des cotisations sociales, une baisse du taux de l'impôt sur les plus-values et le maintien du taux de l'impôt sur les sociétés à 21 %, qui était de 35 % avant l'adoption de la réforme fiscale de 2017 (Tax Cuts and Jobs Act). De son côté, Joe Biden a prôné une augmentation des investissements d'infrastructure, financée par le relèvement du taux de l'impôt sur les sociétés à 28 % et du taux de l'impôt sur le revenu des ménages les plus aisés. Donald Trump devrait également maintenir une réglementation peu contraignante pour l'industrie des énergies fossiles et le secteur bancaire tandis que Joe Biden a proposé d'investir massivement dans les énergies vertes et de développer le régime public d'assurance-maladie.

Au premier abord, ces propositions pourraient suggérer que certains secteurs tels que l'énergie et la finance aurait le vent en poupe en cas de réélection de Donald Trump tandis que les énergies renouvelables et certaines entreprises industrielles pourraient prospérer sous une administration Biden. Mais à long terme, l'impact pourrait s'avérer plus nuancé et dépendra certainement du détail des politiques mises en œuvre. Prenons le secteur de l'énergie : Joe Biden s'est fixé comme objectif de réduire à néant les émissions nettes de CO2 liées à la production d'électricité à l'horizon 2035, et ce dans le cadre d'un plan en faveur des énergies propres doté de 2 000 milliards de dollars qui accélérerait également l'adoption des véhicules électriques et améliorerait l'efficacité énergétique des bâtiments. Dans l'ensemble, ces initiatives pourraient être perçues comme défavorables aux entreprises pétrogazières. Mais d'après nous, cela ne sonnerait pas pour autant le glas de cette industrie. Au contraire, nous pensons que le pétrole et le gaz resteront incontournables car la transition énergétique s'étalera sur plusieurs décennies et la valeur des oléoducs et des gazoducs, des raffineries et d'autres installations émettrices de CO2 pourrait en réalité augmenter si l'investissement dans des énergies fossiles ralentit.

Il convient également de garder à l'esprit qu’indépendamment du résultat de la présidentielle, le nouveau locataire de la Maison-Blanche aura besoin du soutien du Congrès pour concrétiser ses promesses de campagne. Même en cas de « vague bleue » qui verrait les démocrates remporter la Maison Blanche ainsi que la majorité au Congrès, il faudra peut-être une modification importante des règles de vote au Sénat pour faire adopter des lois qui changent véritablement la donne. Par conséquent, si des réformes progressives pourraient rapidement voir le jour, une refonte plus profonde des politiques publiques mettrait plus de temps à aboutir, si tant est qu'elle y parvienne.

De la volatilité à court terme mais des opportunités à long terme

Néanmoins, les marchés ont peur de l'inconnu et pourraient se montrer plus instables à l'approche du scrutin. Un résultat incertain ou contesté le 3 novembre pourrait également faire dévisser les actions. Toutefois, les investisseurs doivent garder à l'esprit que ces fluctuations sont généralement éphémères. Dans la nuit qui a suivi la victoire de Donald Trump en 2016, les contrats à terme sur l'indice S&P 500 ont chuté de 5%, égalant la limite de baisse journalière. Le jour suivant, l'indice a terminé la séance dans le vert.4 Pendant l’examen au Congrès du projet de loi sur l'accès à des soins abordables (Affordable Care Act, ACA) en 2009, la capitalisation boursière de certains assureurs santé privés aux États-Unis est tombée à moins de 6 fois les bénéfices prévus, les investisseurs redoutant une baisse de leur chiffre d’affaires et une dégradation de leur rentabilité.5 Cependant, il s’est avéré que l’ACA a favorisé l’essor de ces entreprises en permettant à plus de 20 millions d'individus non assurés jusqu’ici d'obtenir une couverture santé auprès d'organismes privés. Aujourd'hui, ces entreprises sont valorisées à hauteur de 15 fois leurs bénéfices prévus.6

Ce type d'opérations réalisées sous l'emprise de la peur – et donc nullement justifiées par les fondamentaux – peut créer de belles occasions d'investir dans des entreprises avec un bilan sain qui proposent des produits et des services innovants. La prospérité de ces entreprises ne s'arrêtera pas avec le résultat des urnes et peut profiter aux investisseurs qui se projettent au-delà des accès de volatilité et restent concentrés sur l'analyse bottom-up.

 

 

1https://www.cnn.com/2020/09/02/investing/joe-biden-stock-market-donald-trump/index.html

2 Bloomberg. Les données reflètent la performance de l’indice S&P 500 Health Care (secteur de la santé) entre le 31/12/2015 et le 31/10/2016.

3 Bloomberg. Les données reflètent la performance totale des indices Nasdaq Biotechnology et S&P 500 entre le 1er janvier et le 10 septembre 2020.

4https://www.reuters.com/article/usa-stocks/us-stocks-futures-slide-as-trump-wins-u-s-presidential-election-idUSL1N1DA10L, Bloomberg. Données au 09/11/2016.

5 Bloomberg, les données relatives à UnitedHealth Group et Anthem sont arrêtées au 31 mars 2009.

6 Bloomberg, les données relatives au sous-indice S&P 500 Managed Health Care sont arrêtées au 10 septembre 2020.

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