Ben Lofthouse, responsable de l’équipe Global Equity Income, et Jane Shoemake, directrice des investissements, évaluent les perspectives de dividendes dans le monde compte tenu des conséquences à grande échelle de la pandémie COVID-19.

  Principaux points à retenir :

  • Le COVID-19 a entraîné un choc de l'offre et de la demande dans l'économie mondiale, avec des conséquences dramatiques sur la croissance du produit intérieur brut, les bénéfices des entreprises et les dividendes
  • Environ 60 % des entreprises mondiales qui versent des dividendes ont une activité cyclique et les dividendes versés par ce type d'entreprises seront affectés ; environ 40 % seront probablement positionnés de manière plus défensive et leurs dividendes devraient se révéler plus résistants
  • À plus long terme, nous pourrions voir les paiements de dividendes dans un certain nombre de secteurs reprendre en 2021 (bien qu'à partir d'un niveau de départ plus bas), à condition que la croissance des nouveaux cas atteigne un plateau, que le confinement actuel imposé par les gouvernements prenne fin et que l'économie mondiale recommence à fonctionner et se redresse

 

 

La pandémie COVID-19 est une crise humanitaire et les gouvernements du monde entier s'efforcent de ralentir la propagation du virus. Elle a entraîné un choc de l'offre et de la demande dans l'économie mondiale, avec des conséquences dramatiques sur la croissance du produit intérieur brut, les bénéfices des entreprises et les dividendes. Les mesures de confinement mises en œuvre par les gouvernements dans le monde entier ont eu de graves répercussions sur les secteurs des loisirs, du tourisme, des compagnies aériennes, du commerce de détail et de la construction, entre autres. Les entreprises de toutes tailles ont dû s'adapter rapidement à l'évolution rapide de leur environnement et à une perte soudaine de chiffre d’affaires.

Suspension des dividendes

Compte tenu des pressions sur les revenus, la trésorerie et les bénéfices, un certain nombre d'entreprises ont déjà annoncé qu'elles suspendront le versement de dividendes cette année et nous pensons que d'autres vont leur emboiter le pas. Nous avons assisté à un nombre important de suppressions au Royaume-Uni et en Europe hors Royaume-Uni, deux des régions du monde qui génèrent le plus de dividendes, tandis que les régions à faible rendement des dividendes comme les États-Unis, le Japon, et l'Asie, ont été relativement peu touchées jusqu'à présent. Les États-Unis représentent environ 40 %1 de tous les dividendes versés dans le monde, de sorte que la prochaine saison de publication aux États-Unis va être un indicateur important de l'impact de la crise sur le cycle trimestriel de versement des dividendes américains.

D'après des résultats d’une étude sur les tendances mondiales en matière de dividendes, élaborée à partir de l'indice Janus Henderson Global Dividend (JHGDI) 1, environ 60 % des entreprises mondiales qui versent des dividendes sont cycliquement exposées à l’état de santé de l'économie et les dividendes versés par ce type d'entreprises seront donc affectés. Toutefois, environ 40 % des entreprises dans le monde ont un positionnement défensif plus marqué, et leurs dividendes devraient être plus résistants malgré l'environnement difficile. Cela comprend des secteurs tels que les services aux collectivités, les biens de consommation de base, les services de communication, la technologie et les soins de santé.

Closeup view : Stack of coins and clock hands. A concept / idea of time value of money. Money at present time is worth more than the same amount in the future due to its potential earning capacity.

 

Pendant la crise financière mondiale (GFC), les dividendes dans le monde ont chuté de près de 30 %2 entre le sommet et le creux, avec une baisse des bénéfices d'environ 60 %3. Cela s'est produit sur une période de 15 à 18 mois, alors que la crise actuelle a évolué en seulement trois mois depuis le moment où le premier cas a été signalé en Chine, fin 2019. Nous pensons que les prévisions de bénéfices du consensus et les attentes en matière de dividendes restent globalement trop élevées et feront l'objet de révisions à la baisse importantes dans les semaines à venir. Les réductions ou suspensions de dividendes devraient se poursuivre, les entreprises cherchant à conserver leurs liquidités pour tenter de survivre. En Europe, les retards des assemblées générales annuelles (AGA), ainsi que des considérations réglementaires, politiques et sociétales, ont entraîné une pression sans précédent sur le paiement des dividendes.

Considérations sociales et politiques

Ces derniers jours, un certain nombre de sociétés ont suspendu le paiement de leurs dividendes alors qu'elles avaient des bilans solides et suffisamment de liquidités pour les payer. Cela met en évidence les considérations sociales et politiques auxquelles sont actuellement confrontés les conseils d'administration et les directions générales. Il pourrait être difficile pour les entreprises de certaines régions du monde et dans certains secteurs de justifier le versement de dividendes aux actionnaires tout en bénéficiant de prêts commerciaux garantis par l'État ou de programmes de rémunération des salariés. La question clé sera de savoir dans quels délais ces entreprises pourront recommencer à verser des dividendes une fois la crise passée. Les gouvernements et les banques centrales du monde entier ont mis en place un grand nombre de mesures de relance bien plus rapidement lors de cette crise que lors de la grande crise financière et, dans certains cas, les entreprises ont réduit leurs dividendes par prudence et par considération politique plutôt que par nécessité.

Il reste difficile de prévoir avec précision l'ampleur des réductions de dividendes à l'échelle mondiale en 2020, étant donné la situation qui reste très instable. À plus long terme, nous pourrions voir les paiements de dividendes dans un certain nombre de secteurs reprendre en 2021 (bien qu'à partir d'un niveau de départ plus bas), à condition que la croissance des nouveaux cas atteigne un plateau, que le confinement actuel imposé par les gouvernements prenne fin et que l'économie mondiale recommence à fonctionner et se redresse.

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Source :

1 JanusHenderson Global Dividend Index, édition 25, février 2020

2 Refinitiv Datastream, sur la base des données annualisées du MSCI World sur la croissance des dividendes, 3 avril 2020

3 Citi Research, 18 mars 2020