Hamish Chamberlayne, responsable de la gestion Actions durables internationales, revient sur le trimestre écoulé et examine les opportunités à venir dans le domaine du développement durable.

Principaux points à retenir :

  • Les signes témoignant de la réalité du changement climatique ont continué à s’accumuler au cours du trimestre, avec des constatations décourageantes du GIEC et des phénomènes climatiques concrets, tels que des inondations et des feux de forêt, qui ont eu un impact sur les approvisionnements en produits alimentaires.
  • Le bras de fer entre croissance à long terme et reprise post-pandémie a été un des principaux thèmes et, à la fin du trimestre, les secteurs de la finance, de l’énergie et des technologies de l’information ont enregistré quelques-unes des meilleures performances.
  • Nous continuons à nous concentrer sur les thèmes de la numérisation, de l’électrification et de la décarbonation, à mesure qu’ils s’imposent comme les moteurs de l’économie mondiale durable.

Les facteurs contribuant à la hausse des marchés boursiers au cours de l’année passée ont été nombreux. Les mesures de relance monétaire et budgétaire, destinées à assurer la solvabilité des consommateurs et des entreprises durant les périodes de confinement, ont été abondantes. Dans ce nouveau contexte, bon nombre d’entreprises ont su faire preuve de capacités d’adaptation remarquables et sont parvenues à transformer leurs modèles économiques traditionnels en modèles numériques et virtuels. Avec la mise à l’arrêt des secteurs du voyage et de la restauration, de nombreux consommateurs ont redirigé les dépenses habituellement consacrées aux expériences vers des dépenses consacrées aux objets, ce qui a entraîné une croissance inattendue de certains segments de marché. Cette hausse de la demande s’est accompagnée d’un contrôle plus rigoureux des dépenses des entreprises, ce qui a entraîné un effet de levier opérationnel impressionnant et une forte croissance d’ensemble des bénéfices du marché. Le tout sur fond d’anticipations de taux d’intérêt plus bas, plus longtemps.

Toutefois, les chaînes d’approvisionnement mondiales, autrefois très efficaces, se sont révélées moins performantes lors des pics de demande avec des goulets d’étranglement importants au niveau du transport maritime tandis que certaines usines durent fermer leurs portes, la disponibilité des effectifs étant affectée par les restrictions sanitaires. Ces tensions se sont traduites par une certaine inflation des prix, une hausse des anticipations de taux d’intérêt et des inquiétudes quant à la capacité des entreprises à fournir les volumes escomptés aux coûts annoncés. Si l’on ajoute à cela les inquiétudes liées à l’endettement des promoteurs immobiliers en Chine et l’incertitude quant à l’évolution des politiques publiques dans ce pays, il est tout à fait compréhensible que les performances des actions mondiales soient restées stables durant le trimestre.
En tant qu’investisseurs en actions, nous sommes fascinés par ces dynamiques macroéconomiques, microéconomiques et boursières et les suivons avec intérêt. Pour autant, en tant qu’investisseurs en actions axés sur le développement durable, ce qui retient le plus notre attention, ce sont les indicateurs nous permettant de mieux comprendre la transition en cours vers une économie mondiale plus durable.

Changement climatique : une évidence sur le papier et dans les faits

La dure réalité s’est manifestée sous deux angles distincts : la publication du sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et les effets tangibles et dramatiques du changement climatique dont nous avons été témoins sur l’approvisionnement mondial en produits alimentaires. L’une des conclusions les plus marquantes du rapport du GIEC est que, même dans le cadre des scénarios de réduction des émissions les plus ambitieux, il y aurait moins de 50 % de chances de rester sous l’objectif de réchauffement de 1,5 degré fixé par l’accord de Paris. En outre, le « budget » prévu pour y parvenir ne permet que quinze années supplémentaires d’émissions industrielles aux taux d’émission actuels.

Nous avons également pu constater les dangers du changement climatique dans les nombreux cas de catastrophes agricoles qui ont fait les unes des journaux du monde entier : gelées dévastatrices au Brésil, inondations ravageuses en Chine et en Allemagne, sécheresses et incendies dans les plaines américaines et canadiennes. Les dégâts causés aux récoltes, les pénuries alimentaires et les hausses de prix spectaculaires qui en ont résulté sont un nouvel avertissement que le changement climatique affecte notre économie et nos sociétés dès maintenant et non pas dans un avenir lointain.

Progrès encourageants vers une économie mondiale durable

Quelques « progrès encourageants » contrebalancent la « dure réalité ». Parmi ceux-ci, certaines annonces politiques très médiatisées comme le paquet de mesures législatives « Ajustement à l’objectif 55 » de l’Union européenne (UE), qui vise une réduction des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici 2030, ou encore le plan énergie annoncé par le gouvernement japonais, qui vise à ramener la part des combustibles fossiles dans la production d’électricité du pays de 75 % en 2020 à 41 % en 2030. Ces progrès sont également perceptibles dans certaines solutions innovantes que développent les entreprises que nous rencontrons pour s’attaquer à ces problèmes, qu’il s’agisse de technologies brevetées pour capter le carbone pendant le processus de fabrication du ciment (l’un des plus gros émetteurs industriels) ou des perspectives qu’offrent le développement d’avions court-courriers électriques. La politique et l’innovation continuent de nous faire progresser vers un avenir plus durable et c’est là une véritable source d’encouragement.

La COP26, qui se tiendra à Glasgow, figure parmi nos priorités à court terme. Celle-ci comprendra douze jours de discussions sur la lutte contre le changement climatique et accueillera les délégations de dirigeants de plus de 190 pays. Au cours de l’année écoulée, les gouvernements les plus influents du monde ont pris des engagements ambitieux pour s’attaquer de front au changement climatique et, lors de la COP26, nous espérons voir de nouveaux engagements et la mise en place de plans d’action. Le maintien du réchauffement en deçà de 1,5 °C est d’une importance fondamentale et nous espérons que de nouveaux accords seront conclus quant à la voie à suivre.

Nos interrogations les plus pertinentes

Ce trimestre aura soulevé de nombreuses questions.

Si nous entrons dans une période d’inflation plus soutenue, cela va-t-il servir de catalyseur au besoin de gains d’efficacité permettant de faire plus avec moins ? Nous en sommes convaincus et, à ce titre, l’efficacité reste l’un de nos dix thèmes d’impact positif. Après une si longue période de calme relatif sur les marchés d’actions mondiaux, une phase plus volatile est attendue depuis longtemps et nous anticipons de nouvelles rotations à mesure que l’économie mondiale digère les perturbations des chaînes d’approvisionnement et que les entreprises font face aux pressions inflationnistes. Nous gardons cependant toujours à l’esprit que les hausses de prix contiennent les germes de leur propre destruction, car elles incitent les entreprises à investir dans l’efficacité ou la substitution. En fin de compte, nous considérons qu’un environnement inflationniste est favorable à la croissance des entreprises disposant de modèles économiques robustes et qui ont un impact positif sur l’environnement et la société.

La pénurie de semi-conducteurs dans les chaînes d’approvisionnement mondiales continue-t-elle de stimuler la demande de créateurs et de fabricants de ces composants de plus en plus indispensables, transformant ce secteur de croissance cyclique en secteur de croissance structurelle ? La hausse des cours de l’énergie fossile va-t-elle inciter à investir davantage (et non pas moins) dans notre parc d’énergies renouvelables, nos technologies et nos infrastructures de liaison ? Enfin, le témoignage des lanceurs d’alerte sur Facebook va-t-il attirer encore plus l’attention sur la culture, la mission et l’éthique de gestion des entreprises dont nos fonds de pension et nos épargnants à long terme deviennent actionnaires ? Nous répondons par « oui » à toutes ces questions.

Une sélection des meilleures performances

Un des thèmes dominants sur les marchés boursiers mondiaux cette année a été le bras de fer entre croissance à long terme et reprise post-pandémie. Au cours de la première moitié du troisième trimestre, de nombreuses entreprises exposées à des thèmes de croissance à long terme ont publié de bons résultats pour le premier semestre, certains secteurs comme les technologies de l’information et la santé signant de belles surperformances. Toutefois, cette tendance a commencé à s’inverser vers la fin du mois d’août, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les signes d’une inflation plus persistante entraînant une rotation vers des segments de marché plus cycliques. Ces rotations ont amené les marchés boursiers mondiaux à terminer le trimestre sans changement, les secteurs les plus performants étant les services financiers, l’énergie et les technologies de l’information.

Au niveau des actions, les trois principaux contributeurs positifs à la performance au troisième trimestre ont été le développeur de logiciels de gestion de projets Atlassian, le fournisseur mondial de services de gestion des risques et d’assurance AON et le fabricant de pièces de vélo Shimano.

Atlassian développe des logiciels de gestion de projet en collaboration, principalement pour les développeurs informatiques. Elle est devenue la norme de facto et l’une des applications les plus enracinées dans son domaine. Sa mission est de libérer le pouvoir de chaque équipe et de le faire en tenant compte de l’impact qu’elle a sur la planète et la société. L’entreprise a publié des résultats impressionnants pour le quatrième trimestre en juillet. Sa transition vers un modèle cloud a encore renforcé la demande, accélérant le développement de nouveaux produits et fidélisant davantage de clients. Dans un autre domaine, les actions d’AON ont grimpé après l’abandon mutuel, sans impact majeur, du projet d’acquisition de Willis Towers Watson. AON a également enregistré de bons résultats en juillet, bénéficiant d’un niveau élevé de rétention et de marges importantes. Face à la montée de risques nouveaux et complexes comme le changement climatique et les cybermenaces, AON se positionne avec succès en tant que leader du marché et nous constatons un impact positif important lorsqu’elle atténue ces risques pour ses clients.

EM equities: notes from the road in China | Janus Henderson InvestorsQuant à Shimano, la société est l’un des principaux fabricants mondiaux de composants de bicyclettes, réputé pour son savoir-faire de haute qualité. Le fabricant a déclaré une forte croissance de ses commandes, stimulée par une pénurie de stocks de bicyclettes sur le marché final. Portée par les changements structurels des modes de vie en matière de loisirs et de transport, la vigueur de la demande mondiale de bicyclettes s’est accrue depuis le début de la pandémie. En plus de favoriser un mode de vie sain, les produits Shimano promeuvent un mode de transport écologiquement durable qui est encouragé dans de nombreuses régions du monde.

Les difficultés de la Chine affectent l’activité

Au nombre des entreprises qui ont le plus nui à la performance au cours du trimestre figurent le fabricant de lasers IPG Photonics, la société de technologie financière Linklogis et le fournisseur de logiciels de relation client Zendesk. Malgré une forte croissance de son chiffre d’affaires en glissement annuel, IPG Photonics (IPGP) n’a pas été à la hauteur des prévisions en août, ce qui a fait chuter son cours. Cette faiblesse est imputable à une sous-performance en Chine, où l’activité industrielle a été affectée par des pénuries d’électricité, des flambées épidémiques du variant delta et un ralentissement du secteur immobilier. Nous conservons notre intérêt pour IPGP en raison de sa technologie laser à haute efficience énergétique, dont les applications sont nombreuses dans les processus de fabrication industrielle, la technologie médicale et le divertissement grand public.
Linklogis, une entreprise dans laquelle nous avons investi lors de son introduction en bourse au premier semestre de l’année, a connu des débuts difficiles en tant qu’entreprise cotée. L’entreprise fait appel à l’intelligence artificielle et à la blockchain pour réduire les coûts de financement de l’offre et des fonds de roulement pour les petites et moyennes entreprises en Chine. En intégrant les créances de grandes entreprises dans des chaînes de blocs, elles peuvent les utiliser comme garantie pour accéder à des financements moins coûteux de la part des banques, ce qui stimule considérablement l’économie de ce secteur qui est essentiel à la création d’emplois et à la croissance des revenus en Chine. L’entreprise a dernièrement été confrontée à des difficultés, car l’un de ses principaux marchés finaux est le secteur de l’immobilier, un domaine actuellement sous haute surveillance en raison de la vulnérabilité financière de certains des plus grands promoteurs. Enfin, les actions de Zendesk se sont repliées malgré une croissance de près de 30 % de ses revenus et une forte adhésion des clients. Zendesk aide les entreprises à mettre en place et à gérer leur service client, un élément essentiel pour développer de meilleures relations avec leurs clients. Les produits Zendesk offrent aux entreprises la flexibilité requise pour se concentrer sur l’innovation et la productivité. Zendesk continuera à enrichir la valeur de son offre à mesure que notre économie poursuit sa numérisation.

Rester concentré sur les thèmes de durabilité à long terme

Nous continuons à nous concentrer sur les thèmes de la numérisation, de l’électrification et de la décarbonation, à mesure qu’ils s’imposent comme les moteurs de l’économie mondiale. Ce positionnement guide nos décisions d’investissement et la construction de notre portefeuille. Notre démarche d’investissement consiste à identifier les entreprises qui sont bien positionnées pour profiter de ces thèmes de durabilité à long terme et qui jouent un rôle positif dans la transformation de l’économie mondiale vers un modèle plus durable. Nous passons notre temps à rechercher les entreprises qui bénéficieront d’opportunités de croissance intéressantes, d’une culture de l’innovation et d’une résilience financière intégrée.

Glossaire des termes

Acquisition : une opération sur titres dans laquelle une société achète la plupart ou la totalité des actions d’une autre société pour en prendre le contrôle.

Secteur cyclique : les secteurs cycliques sont sensibles aux cycles économiques et obtiennent généralement de meilleurs résultats en période de prospérité économique. À contrario, les secteurs cycliques génèrent des revenus plus faibles en cas de ralentissement économique.

Politique budgétaire : politique du gouvernement relative à la fixation des taux d’imposition et des niveaux de dépenses. Elle est distincte de la politique monétaire, qui est généralement fixée par une banque centrale.

Inflation : le taux selon lequel le prix des biens et des services augmente dans une économie.

Endettement : montant de la dette utilisée pour financer les activités d’une entreprise.

Politique monétaire : politique d’une banque centrale visant à influencer le niveau d’inflation et de croissance d’une économie. Elle comprend le contrôle des taux d’intérêt et de la masse monétaire. La stimulation monétaire désigne l’action par une banque centrale d’augmenter l’offre de monnaie et de réduire le coût de l’emprunt.

Volatilité : le taux et l’ampleur selon lesquels le cours d’un portefeuille, d’un titre ou d’un indice évolue à la hausse ou à la baisse.