Les gérants de portefeuilles alternatifs diversifiés Andrew Kaleel, Mathew Kaleel et Maya Perone débattent de l’impact de la hausse des taux sur les classes d’actifs traditionnelles et les stratégies de suivi de tendances.

  Principaux points à retenir :

  • La reprise des marchés mondiaux s’est poursuivie post COVID, avec le soutien actif de politiques monétaires et budgétaires très accommodantes.
  • Une des conséquences a été la réévaluation des taux d’intérêt et des anticipations d’inflation.
  • Dans le passé, les hausses de taux d’intérêt ont généralement pénalisé les performances des actions et des obligations.
  • Si cet environnement de taux d’intérêt et d’inflation en hausse se pérennise, une stratégie (CTA) diversifiée de suivi de tendances pourrait assurer une diversification appréciable dans des portefeuilles par ailleurs principalement constitués d’actions et d’obligations.

Conséquences des mesures de relance prolongées des banques centrales

Depuis la correction due à la COVID du premier trimestre 2020, les gouvernements du monde entier ont déployé des programmes de relance d’ampleur sans précédent pour soutenir à la fois les marchés financiers et l’économie réelle, en combinant les aides directes aux entreprises et les injections de liquidités pour les consommateurs. Les banques centrales ont également renoncé collectivement aux cibles d’inflation au profit de politiques visant à atteindre des niveaux d’inflation plus élevés dans la durée.

Dans son communiqué au marché du 17 mars, la Réserve fédérale américaine a clairement exprimé cet objectif :

« ...le Comité [FOMC] visera à atteindre une inflation légèrement supérieure à 2 % pendant un certain temps, de sorte que l’inflation atteigne une moyenne de 2 % sur la durée et que les anticipations d’inflation à long terme restent bien ancrées à 2 %. »

Cette politique, reprise par d’autres grandes banques centrales, peut être comprise comme une volonté d’atteindre des niveaux d’inflation des prix plus élevés sur la durée. Alors que les taux à court terme sont restés proches de zéro et qu’ils pourraient rester à ce niveau pendant un certain temps encore, ce changement de politique des banques centrales a entraîné une hausse des taux à long terme et des anticipations d’inflation. Le point mort américain à 10 ans (en glissement annuel) a grimpé à des niveaux jamais vus depuis plus d’une décennie (graphique 1).

Graphique 1 : Le point mort d’inflation à 10 ans est revenu à son niveau de 2009

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Source : Janus Henderson, Bloomberg, du 31 août 1999 au 30 avril 2021.

Seul le temps dira si ce ciblage de niveaux d’inflation plus élevés est réalisable et gérable, mais quoi qu’il en soit, cette politique aura d’importantes répercussions sur les classes d’actifs. Une réévaluation des taux d’intérêt à long terme aura un impact sur les portefeuilles sensibles au bêta des marchés d’actions et d’obligations, en particulier si celle-ci entraîne une période prolongée de hausse de l’inflation, comme ce fut le cas dans les années 1970. Cela soulève également la question de la performance des classes d’actifs en réaction aux variations des taux d’intérêt à long terme.

Conséquences sur les performances des classes d’actifs

Dans le cadre de cette analyse, nous examinerons les effets d’une baisse et d’une hausse des taux d’intérêt sur quatre classes d’actifs distinctes : les actions américaines (indice S&P500), les obligations américaines (indice Bloomberg Barclays US Treasury Long), les matières premières (indice Bloomberg Commodity Total Return) et les stratégies de suivi des tendances (indice Barclays CTA) de janvier 1981 à avril 2021. Cette période est pertinente dans la mesure où l’indice Barclays CTA, lancé en janvier 1980, intègre l’historique public de performances CTA globales le plus long. Les résultats sont présentés dans le graphique 2.

Graphique 2 : Performances en cas de baisse et de hausse des taux d’intérêt

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Source : Janus Henderson, Bloomberg, du 1 janvier 1981 au 30 avril 2021 en dollar US. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des résultats futurs.

Sans surprise, l’impact des variations de taux d’intérêt, sur les actions comme sur les obligations, est en corrélation inverse avec les variations de taux d’intérêt, la valorisation des actions intégrant des taux d’actualisation plus ou moins élevés. Les obligations et les actions présentent des résultats similaires, avec des performances relatives plus élevées en cas de baisse des taux et plus faibles en période de hausse des taux. Cela se manifeste dans la performance à long terme d’un portefeuille 60/40 d’actions et d’obligations américaines, dont les performances ont été plus (moins) élevées en période de baisse (hausse) des taux (14 % par an contre 6 % par an respectivement).

L’impact sur les performances des matières premières et des stratégies CTA a été différent de celui des actions et des obligations, les deux présentant une sensibilité positive plus élevée à la hausse des taux d’intérêt. Ce constat est logique pour les matières premières en général, qui sont sensibles à la croissance mondiale et constituent l’un des moteurs de l’inflation - et qui ont donc un impact sur la politique monétaire.

L’analyse des performances des stratégies CTA met en évidence l’avantage en termes de diversification de cette classe d’actifs durant la même période, qui en fait un atout intéressant du point de vue de la construction de portefeuille. Ce profil de performance différenciée se traduit par une faible corrélation de l’indice CTA avec les actions (0,00), les obligations (0,12) et le portefeuille 60/40 (0,05). Si les performances des stratégies CTA ont bénéficié de leurs positions longues sur les marchés obligataires au cours des trois dernières décennies (c’était la tendance et le type de position à privilégier), d’autres secteurs ont contribué plus fortement aux performances durant les périodes de hausse des taux d’intérêt. Intuitivement, en période de hausse des taux d’intérêt, on s’attendrait à voir les matières premières remonter et les prix des obligations baisser. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit au cours des six derniers mois (jusqu’au 31 mai 2021), les positions courtes sur les obligations contribuant de manière notable aux performances positives.

Stratégies de suivi de tendances : une option de diversification en période de hausse des taux

Un examen plus approfondi du profil de performance des CTA par rapport aux obligations fait apparaître certaines caractéristiques intéressantes, notamment dans des régimes de taux d’intérêt divergents. Si l’on analyse les performances au regard de l’évolution des rendements à 10 ans, l’indice CTA affiche une relation convexe, et non linéaire (R2 de 0,003), avec l’orientation des taux d’intérêt (tableau 3). Ce constat contraste avec les marchés des actions et des obligations, dont la sensibilité aux variations des taux d’intérêt était plus élevée.

Graphique 3 : Évolution des rendements à 10 ans et des performances des CTA

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Source : Janus Henderson, Bloomberg, du janvier 1981 au 30 avril 2021 en dollar US. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des résultats futurs.

L’absence de relation linéaire entre les performances des CTA et la direction des taux d’intérêt peut s’expliquer par quelques caractéristiques fondamentales des stratégies de suivi de tendance :

  1. La possibilité d’allouer le risque entre quatre grandes classes d’actifs offre une diversification accrue et permet aux stratégies diversifiées de suivi de tendance de se positionner sur les tendances déterminées par les régimes de baisse ou de hausse des taux. Le suivi de tendance permet donc de tirer profit de façon exceptionnelle des classes d’actifs qui bénéficient directement d’un régime de taux d’intérêt donné (par exemple, en prenant une position longue sur les matières premières dans un contexte de hausse des taux).
  2. La possibilité de prendre des positions longues ou courtes selon les marchés est avantageuse, car elle permet à la stratégie de modifier les positions directionnelles qui sont directement influencées par les changements dans la direction des taux.
  3. La possibilité de participer et de profiter de tendances uniques à long terme, déterminées par plusieurs facteurs, notamment la politique des gouvernements et des banques centrales, les différents régimes macroéconomiques, les événements géopolitiques et le moral des investisseurs.

Réflexions sur la construction de portefeuille

Le graphique 4 montre les performances mensuelles d’un portefeuille 60/40 par rapport aux performances du même mois de l’indice de tendance. Le quadrant supérieur gauche montre les performances du suivi de tendance durant les mois où les performances des portefeuilles 60/40 sont négatives. Ce graphique est connu sous le nom de « sourire CTA », en raison de la forme de la courbe des meilleures correspondances entre les points de données et indique que le suivi de tendance a dans le passé donné de bons résultats dans les périodes où les actions, les obligations et les portefeuilles 60/40 affichent des performances négatives.

Graphique 4 : Portefeuilles 60/40 et CTA

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Source : Janus Henderson, Bloomberg, du 31 décembre 1980 au 30 avril 2021. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des résultats futurs.

Le spectre de la hausse des taux d’intérêt et la montée de l’inflation, soutenue par les banques centrales mondiales, auront un impact sur les performances des classes d’actifs traditionnelles que les investisseurs devront prendre en compte. Dans le passé, les régimes de hausse des taux ont entraîné une baisse des performances des obligations et des actions, ce qui met en évidence l’importance d’une diversification plus dynamique et plus efficace des portefeuilles. L’historique de performance des stratégies de suivi de tendance, avec leur potentiel de création de valeur durant les périodes de hausse des taux d’intérêt et leur faible corrélation avec les marchés d’actions et d’obligations, suggère qu’elles méritent d’être prises en compte dans les portefeuilles traditionnels. Cet article s’est intéressé aux avantages d’une allocation aux stratégies de suivi de tendance, mais la question de la taille d’une telle allocation est un sujet qui sera abordé dans un prochain article.

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  1. Communiqué de presse de la Réserve fédérale, 17 mars 2021 :

https://www.federalreserve.gov/monetarypolicy/files/monetary20210317a1.pdf