Ben Lofthouse, responsable de l’équipe Global Equity Income, présente ici une synthèse des grands moteurs du marché à l'œuvre au premier trimestre et des thèmes clés à surveiller à ce stade.

Principaux points à retenir

  • L’impact de l'inflation, de la hausse des taux d'intérêt et des problèmes liés aux chaînes d'approvisionnement sur la croissance mondiale dépendra largement de l'évolution de la guerre entre la Russie et l'Ukraine.
  • Dans le même temps, les investissements dans les thèmes favorables à la croissance, tels que la décarbonation et la numérisation, pourraient gagner de l’ampleur sous l’effet du conflit.
  • Par le passé, les dividendes ont constitué une part importante des performances au cours des périodes d'incertitude. Nous observons des signes d'une rotation en faveur des actions à dividendes et nous surveillerons si ce thème prend de l'ampleur.

Quels sont les principaux éléments du premier trimestre à retenir ?

Les trois premiers mois de l'année ont été marqués par une certaine agitation tant sur les marchés que sur le plan géopolitique. Point important à retenir pour les investisseurs : les problèmes que connaissent les chaînes d'approvisionnement semblent devoir perdurer. Les pénuries de composants ainsi que de matières premières impliquent que des investissements et de nouvelles capacités dans ces domaines sont plus que jamais nécessaires. La pandémie de COVID a dans un premier temps mis en évidence la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement, et les événements tragiques qui se déroulent actuellement avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie soulignent encore davantage cette problématique. À l'échelle des entreprises et du point de vue du commerce mondial, cela nécessitera probablement des investissements importants afin de diversifier les sources de matériaux et d'approvisionnement, ce qui pourrait se traduire éventuellement par des relocalisations.

Nous avons également assisté à une réévaluation des niveaux d'inflation. Le marché obligataire en particulier est clairement sur le point de réévaluer la durée pendant laquelle l'inflation restera élevée et la réaction des banques centrales. Dans le même temps, le trimestre a été marqué par une rotation importante au sein du marché : les entreprises qui s’étaient le mieux comportées ont cédé la place à des pans entiers du marché tels que le secteur des ressources. Celui-ci bénéficie de l’envolée des prix des matières premières, ce qui apporte de la stabilité aux chiffres d’affaires dans cette période de transition pourtant agitée.

Comment voyez-vous l'évolution des risques d'inflation et de géopolitique pour le reste de l'année ?

Les risques géopolitiques sont toujours extrêmement difficiles à anticiper. Selon nous, l'une des meilleures approches à adopter par les investisseurs dans ce type d'environnement est de rester suffisamment diversifiés et d'éviter les paris binaires sur ce qui pourrait ou non se produire. Au fur et à mesure que la situation évolue, nous constaterons probablement que la plupart des entreprises - en particulier les grandes multinationales cotées en bourse - résistent mieux que ce que l'on aurait pu craindre. La plupart de ces entreprises disposent de bilans solides, et dans de nombreux cas de revenus bien diversifiés à travers le monde.

S’agissant des taux d'intérêt, leur évolution devrait avant tout être dictée par le conflit entre la Russie et l’Ukraine. Plus il durera, plus les problèmes des chaînes d'approvisionnement persisteront, et plus les prix des ressources naturelles comme le pétrole ou le gaz resteront élevés, ce qui aura au final un impact d’autant plus pénalisant sur la croissance mondiale. La plupart des observateurs considèrent qu’un apaisement de la situation permettra de réparer assez rapidement certains des dommages économiques infligés. Mais l'élément clé pour les investisseurs est de savoir combien de temps ce conflit va encore durer et à quoi ressemblera la sortie de crise.

Existe-t-il des raisons d'être optimiste à l'échelle des entreprises ?

Si l'on fait abstraction de l'impact immédiat de ce qui se passe en Europe de l'Est, je m'attends à une poursuite de ce que nous observions il y a deux ou trois mois, à savoir une croissance et des dépenses d'investissement qui devraient se propager au-delà des quelques domaines qui avaient bénéficié des premières phases de la pandémie, comme les activités qui avaient tiré parti des confinements.

Nous constatons également une tendance accrue à la décarbonation, mouvement qui a été renforcé par le conflit en Ukraine. Cela devrait conduire à de nouveaux investissements dans des activités contribuant à une moindre consommation de combustibles fossiles. Cependant, nous observons dans le même temps une augmentation des investissements dans certains segments liés à l'extraction de combustibles fossiles. Dans un contexte de hausse des prix et de préoccupations croissantes sur la sécurité des approvisionnements, nous assisterons probablement au cours des cinq ou dix prochaines années à une augmentation des investissements dans des domaines qui en ont manqué depuis un certain temps.

Enfin, l'inflation étant élevée, les entreprises chercheront probablement à réaliser des gains de productivité, ce qui les incitera vraisemblablement à davantage de numérisation et d'automatisation. La numérisation a également gagné différents segments ayant trait aux chaînes d'approvisionnement et au secteur industriel. Cette tendance est de nature à entraîner une augmentation des dépenses et pourrait s’avérer bénéfique pour les entreprises en termes d'innovation et de gains de productivité.

Il est peu probable que le conflit entre la Russie et l'Ukraine mette fin à l'une ou l'autre de ces tendances, et dans de nombreux cas, il pourrait même les accélérer. En outre, nous pourrions assister à l'introduction de politiques publiques qui devraient continuer de stimuler les investissements dans certains de ces domaines porteurs.

L’intérêt porté à l’investissement privilégiant les dividendes et les revenus est-il adapté aux conditions anticipées pour le reste de l'année 2022 ?

Dans de nombreux cas, l'investissement dans les dividendes privilégie le caractère durable des flux de trésorerie. Les entreprises qui peuvent se permettre de verser des dividendes bénéficient souvent d’une bonne rentabilité et de bilans solides, ce qui constitue un soutien en période d'incertitude.

Au cours des périodes passées de hausse de l’inflation et des taux d'intérêt, les valorisations des actions ont souvent commencé à stagner, voire à baisser en termes de ratios cours/bénéfices (PER). Durant ces phases de marché, les dividendes ont constitué une part importante des performances, les investisseurs étant « payés pour attendre » des conditions plus favorables aux actions dans leur ensemble. Les valorisations des actions à dividendes étant encore relativement faibles comparées à celles du marché, nous observons certains signes d'une rotation en faveur de ces sociétés « value ». Alors que les conditions actuelles rendent les prévisions très compliquées, nous surveillerons avec intérêt si ce thème prend de l'ampleur.

 

Les titres de participation (actions)ont soumis à des risques, y compris le risque de marché. Les performances fluctueront en fonction des évolutions de l’émetteur, de la politique et de l’économie.

Les titres obligataires sont soumis aux risques de taux d’intérêt, d’inflation, de crédit et de défaut. Le marché obligataire est volatil. Lorsque les taux d’intérêt augmentent, le prix des obligations baisse généralement, et vice versa. Le remboursement du capital n’est pas garanti et les prix peuvent baisser si un émetteur n’honore pas ses paiements en temps voulu ou si sa solidité financière se détériore.

La diversification ne garantit pas un bénéfice et n’élimine pas non plus le risque de perte.

Le ratio cours/bénéfices (PER) sert à mesurer le cours d’une action par rapport au bénéfice par action d’une valeur, ou de plusieurs valeurs détenues en portefeuille.