Le gérant de portefeuille Aneet Chachra fait le point sur les prévisions des stratégistes pour 2022 et analyse de la relation entre les performances du premier trimestre et celles du reste de l’année.

En fin d’année dernière, nous avons publié une note – Le résultat moyen attendu ne se produit (presque) jamais – présentant les prévisions des stratégistes pour 2022. Leur prédiction moyenne prévoyait une hausse de 8 % de l’indice S&P 500®, conforme à son taux de croissance à long terme. Nous avons également analysé la distribution historique des performances annuelles, et abouti à une conclusion étrange : la moyenne est rare. L’indice S&P 500 n’a enregistré une hausse annuelle comprise entre 5 et 10 % qu’à six reprises ces quatre-vingt-quatorze dernières années.

Au contraire, nous avons constaté que les résultats réels étaient volatils, les performances positives et négatives les plus significatives s’avérant plus fréquentes que les performances moyennes. La réalité dépasse généralement les prévisions. Et c’est effectivement ce qu’il s’est produit au premier trimestre 2022. Ce dernier restera à jamais dans les mémoires en raison de l’invasion russe de l’Ukraine, une tragédie humaine monumentale qui continue de s’aggraver.

Bien moins important, ce trimestre s’est également avéré inhabituel pour les marchés financiers. Les actions et les obligations ont chuté ensemble pour la première fois depuis le premier trimestre 2018. L’indice S&P 500 a clôturé le trimestre à 4 530 points (en baisse de -4,9 %), soit un niveau inférieur aux prévisions de la plupart des stratégistes pour 2022.

Le premier trimestre est révolu, mais il en reste encore trois cette année. Les attentes pour le reste de l’année 2022 vont-elles changer au regard de ce qui s’est passé durant le premier trimestre ?

Nous commençons par vérifier si les estimations des analystes ont évolué. Le tableau 1 compare les prévisions concernant l’indice S&P 500 de la note originale aux dernières disponibles. Elles ne sont pas foncièrement différentes. La prévision moyenne pour la fin d’année est actuellement de 4 838 points, soit environ -1,4 % de moins que la prévision précédente. Les stratégistes n’estiment peut-être pas que les perspectives ont changé de manière significative, ou qu’il existe un biais d’ancrage par rapport aux prévisions antérieures du marché.

Graphique 1 : estimations des stratégistes pour l’indice S&P 500 à fin 2022

Estimations des stratégistes pour l’indice S&P 500 à fin 2022


*Cornerstone Macro a été racheté par Piper Sandler en février 2022.
Source : Bloomberg, rapports de recherche, au 31 mars 2022. Les estimations sectorielles ne sont que des hypothèses, ne reflètent pas les investissements réels et ne peuvent garantir les résultats futurs.

Nous analysons également toutes les années précédentes. En moyenne depuis 1928, l’indice S&P 500 a enregistré une hausse de +1,6 % au premier trimestre, puis une hausse supplémentaire de +6,6 % au cours des trois trimestres suivants (T2 à Q4)1.

Nous avons ensuite divisé ces événements en deux catégories : les T1 positifs et les T1 négatifs. Les T1 ont été haussiers dans 60 % des cas, affichant une progression moyenne des cours de +6,9 %, et donc baissiers dans 40 % des cas, affichant un recul moyen des cours de -6,5 %.

Les évolutions de cours qui ont suivi, pour ces deux catégories, sont étonnamment différents. Un T1 positif a été suivi de trois trimestres haussiers dans près de 80 % des cas. En revanche, un T1 négatif n’a été suivi de trois trimestres haussiers que dans un peu plus de la moitié des cas. En d’autres termes, le reste de l'année a été proche d'un « pile ou face ».

D’autres observations curieuses ont également été faites. Après un T1 négatif, la performance moyenne enregistrée durant le restant de l’année était plus élevée, tandis que la performance médiane s’est avérée plus faible. La dispersion des résultats a également été plus importante. Le graphique 2 synthétise ces résultats.

Graphique 2 : Performances de T2 à T4 suite aux résultats du T1

Performances de T2 à T4 suite aux résultats du T1

Source : Bloomberg, le 31 mars 2022. Cours de l’indice S&P 500 de janvier 1928 à mars 2022, hors frais de transaction. Les performances passées ne sont pas des indicateurs fiables des performances futures.

Certes, la taille totale de l’échantillon (94 ans) n’est pas particulièrement importante, et la distribution des performances futures peut et va varier considérablement par rapport à son historique. Mais ces résultats suggèrent qu’un T1 négatif est associé à des fluctuations encore plus brutales pendant le reste de l’année.

C’est en raison de cette incertitude permanente des marchés que la combinaison de stratégies et d’actifs non corrélés est essentielle à la construction d’un portefeuille robuste. Après un premier trimestre historique à bien des égards, notre discours reste inchangé par rapport à la note précédente : Il est difficile de prédire l’avenir.

1Bloomberg, cours de l’indice S&P 500 de janvier 1928 à mars 2022.

La moyenne est obtenue en additionnant tous les chiffres d’un ensemble de données et en divisant la somme par le nombre de valeurs de l’ensemble.
La médiane est la valeur intermédiaire lorsqu’un ensemble de données est classé du plus petit au plus grand.
L’écart-type mesure la volatilité historique. Un écart-type plus élevé implique une plus grande volatilité. Lindice S&P 500® reflète la performance des actions américaines de grande capitalisation et est représentatif de la performance des marchés actions américains.