La convergence des tendances forme la conjoncture parfaite pour permettre une nouvelle perturbation dans le secteur de la technologie. Richard Clode, gérant Actions technologiques internationales, nous fait part de ses commentaires sur les opportunités qui pourraient se présenter à l'avenir et explique comment éviter les pièges éventuels du tapage médiatique qui y est associé.

La technologie n'est jamais un secteur calme et cette année ne fait pas exception à la règle avec, notamment, une recrudescence du tapage entourant les réglementations et le protectionnisme. Les titres de la technologie ont continué à surperformer le marché des actions dans son ensemble et Apple et Amazon ont fait la une des journaux au cours des dernières semaines pour être devenues les premières sociétés cotées américaines à atteindre une valorisation boursière de 1.000 milliards de dollars US. Mais que l'avenir réserve-t-il au secteur de la technologie ?

La perturbation technologique s'accélère. Nous assistons à une puissante convergence des tendances technologiques. La moitié du monde est maintenant sur internet et utilise des téléphones portables, ce qui signifie qu'il est possible d'avoir accès à un nombre plus élevé de consommateurs, alors que les progrès rapides réalisés dans les paiements dématérialisés ont contribué à la monétisation des services en ligne. Dans bon nombre de pays émergents, les consommateurs apprennent à effectuer des paiements avec leurs smartphones avant même d'avoir une carte de crédit et la Chine se mue rapidement en une société sans espèces.

Suivez la cadence - Les perturbations technologiques s’accélèrent
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Les nouvelles tendances du cloud et de l'intelligence artificielle consistent à exploiter ces bases solides. Le cloud démocratise la technologie en réduisant le coût de l'informatique et en permettant à tous les individus d'avoir accès aux services du cloud, où qu'ils se trouvent, à tout moment et à très faible coût. Les sociétés comme Amazon et Alibaba encouragent la prochaine génération de sociétés technologiques basées entièrement sur le cloud, comme Netflix et Spotify. Par ailleurs, l'intelligence artificielle a fini par atteindre un point d'inflexion. La déflation rapide de la puissance informatique - entraînée par la Loi de Moore* et le cloud - permet de créer des réseaux neuronaux et d'apprentissage profond, à une échelle qui aurait été impossible il y a encore quelques années. Le coût d'analyse des données diminue considérablement et nous assistons par conséquent à des percées dans des secteurs tels que le traitement des images et du langage naturel (par ex. Alexa d'Amazon).

Contrairement à ce qui se passait auparavant, ces technologies deviennent rapidement des produits commerciaux : ils peuvent en effet être distribués bien plus rapidement qu'avant dès lors qu'un vrai travail préparatoire a été réalisé sous la forme de la pénétration mondiale d'internet, du cloud et de la numérisation des paiements. Ceci crée un cercle vertueux pour les sociétés de la technologie capables de monétiser les nouvelles technologiques à un rythme tout aussi rapide, ce qui permet de réinvestir les bénéfices dans l'innovation, qui évolue sans cesse. Sur les 20 sociétés dépensant le plus dans la recherche et le développement (R&D) à l'échelle internationale, neuf sont des sociétés technologiques, dont les trois premières (voir graphique ci-dessous). Ces neuf sociétés technologiques dépensent, à elles seules, 111 milliards de dollars US par an dans la recherche et le développement, grâce aux vastes bénéfices que leurs innovations continues génèrent, créant des produits et des services technologiques que les consommateurs souhaitent acheter.

Les sociétés de la technologie représentent 9 des 20 sociétés affectant le plus de fonds à la recherche et au développement dans le monde (en milliards USD)&

Keep Up! Technological disruption is accelerating | Janus Henderson Investors
Source : Janus Henderson Investors, Bloomberg, au 31 décembre 2017

Cette convergence au sein de la technologie et l'ampleur même de l'innovation conduiront à une accélération et à un élargissement de la perturbation dans plus d'industries encore. Nous assistons déjà à une perturbation considérable dans l'automobile avec la montée en force des véhicules électriques, du ride-hailing (commander un trajet en voiture via une application) et de la conduite autonome. Un siècle durant, les sociétés automobiles ont développé leurs franchises en concevant des moteurs à combustion interne et en exploitant des usines de production extrêmement compliquées. Elles doivent désormais s'adapter à un avenir pas si lointain de voitures simplifiées, construites à partir d'une batterie et de moteurs électriques, et doivent également apprendre à programmer des algorithmes pour piloter la voiture et à concevoir des applications permettant de commander un trajet. Les sociétés automobiles devront devenir des sociétés technologiques pour pouvoir concurrencer les nouveaux perturbateurs tels que Tesla, Uber et Waymo. La première plateforme commerciale de robot-taxis autonomes au monde devrait être lancée par Waymo, le pôle conduite autonome d'Alphabet aux États-Unis, d'ici la fin de l'année.

L'une des licornes** les mieux valorisées au monde est Ant Financial, la filiale de services financiers en ligne d'Alibaba. Ant a récemment levé 14 milliards USD, pour une valorisation de 150 milliards USD, ce qui en fait l'une des sociétés de services financiers les mieux valorisées au monde, surpassant même Goldman Sachs et BlackRock. Ant Financial a su attirer les investisseurs internationaux à une telle valorisation car la société a déjà perturbé l'industrie financière chinoise et est bien partie, par l'intermédiaire de son investissement dans Paytm, pour faire de même en Inde. L'idée que 2,5 milliards d'individus accèdent aux services financiers par l'intermédiaire de leurs smartphones, sans passer par des banques ayant une présence physique, est une perspective effrayante.

Les technologies perturbatrices captivantes conduiront inévitablement à une médiatisation à outrance. Comment les investisseurs doivent-ils se protéger ? Il est rassurant de voir que, bien que certaines sociétés technologiques soient extrêmement chères, le secteur est divisé et comprend également certains des titres les moins onéreux du marché. Le secteur de la technologie ne s'échange donc, dans l'ensemble, qu'à une prime modeste par rapport au reste du marché, et les bonnes opportunités présentant des valorisations attrayantes restent nombreuses. Il est essentiel d'éviter les secteurs de la technologie médiatisés à outrance pour générer des rendements durables et moins volatiles et la franchise Actions technologiques internationales de Janus Henderson est donc basée sur un processus d'investissement bien établi visant à "naviguer le cycle du hype". Ceci implique l'identification et la compréhension de la position de la technologie émergente sur le cycle du hype (phases de hype, d'adoption, de maturité et d'application sociale).

Quels sont les autres risques ? Le secteur technologique, avec sa chaîne d'approvisionnement mondiale extrêmement sophistiquée, est exposée aux récentes tensions commerciales, mais compte tenu de la nature symbiotique des tendances commerciales liées aux nouvelles technologies, il est difficile de prendre l'industrie pour cible. Les iPhones sont : « Conçus par Apple en Californie. Assemblés en Chine." Un paradoxe similaire est manifeste dans la réglementation ; les consommateurs veulent des services davantage personnalisés tout en bénéficiant dans le même temps d'une confidentialité accrue des données. Google a enregistré, au cours des deux dernières années, une augmentation de plus de 900% de recherches contentant le terme "à proximité". La récente entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données au sein de l'Union européenne prouve qu'il est possible de trouver un terrain d'entente.