Tal Lomnitzer, gérant de portefeuille au sein de l'équipe Global Natural Resources, évoque la forte demande de ressources naturelles alimentée par l'évolution des besoins énergétiques mondiaux, ainsi que les avantages en termes de diversification d'une allocation à long terme à cette classe d'actifs dans le cadre d'un portefeuille diversifié.

  Principaux points à retenir

  • L'analyse de l'équipe révèle que les actions du secteur des ressources naturelles ont montré une corrélation négative avec le marché actions dans son ensemble sur le long terme, tout en étant capables de générer une performance similaire avec une volatilité plus faible.
  • Dans un contexte de hausse de l'inflation, certains secteurs comme ceux de l'exploitation minière, de l'emballage et de la sylviculture peuvent afficher une bonne corrélation avec les anticipations d'inflation et tirer profit de la décarbonation.
  • Les perspectives pour les entreprises du secteur des ressources naturelles sont excellentes. Les entreprises du secteur des ressources naturelles durables ont un rôle essentiel à jouer pour favoriser la transition vers une économie plus durable et bas carbone.

Remarque : cet article a été publié pour la première fois en octobre 2019. Nous avons retraité les données de notre analyse en utilisant l'indice MSCI World afin de fournir une perspective plus globale par rapport à l'indice S&P 500 utilisé précédemment. Le principal message reste le même : les actions du secteur des ressources naturelles peuvent être un facteur de diversification efficace dans un portefeuille.

Penser à plus long terme pour tirer le meilleur parti des ressources naturelles

Le secteur mondial des ressources naturelles est généralement considéré comme très cyclique et sensible à la conjoncture économique. Les investisseurs sont donc fortement tentés de synchroniser leurs investissements et leurs désinvestissements dans ce secteur avec le cycle économique.C'est compréhensible. Un mauvais timing peut être une décision préjudiciable à une carrière, alors qu'un bon timing peut être extrêmement gratifiant. Il est donc naturel d'être séduit par les perspectives d'un cycle court. Toutefois, en se focalisant sur le court terme, on risque de passer à côté des avantages considérables d'une perspective à plus long terme.

Nous encourageons les investisseurs à envisager un investissement dans le secteur des ressources naturelles sur le long terme, et à considérer les ressources naturelles comme un investissement plutôt que comme une opération boursière. Contrairement à d'autres segments du marché, les actions du secteur des ressources naturelles (c'est-à-dire les matériaux, l'énergie et l'agriculture) ont montré qu'elles pouvaient être négativement corrélées avec le marché actions dans son ensemble sur le long terme. Elles sont pourtant capables de générer des performances similaires.

Une performance comparable avec un risque moindre constitue, pour certains, le Saint Graal de l'investissement ‒ Des ressources naturelles pour tout le monde ?

Des composantes essentielles

Les ressources naturelles constituent les composantes essentielles et fondamentales du développement économique. Alors que la demande pour certaines matières premières, comme le charbon ou le pétrole, est appelée à plafonner et à décliner, la demande pour d'autres est en hausse et semble devoir augmenter. L'industrie des énergies renouvelables a besoin de cuivre, de lithium, de cobalt, de nickel, de minerai de fer et d'argent. La numérisation nécessite d'énormes parcs de serveurs et d'énormes quantités d'énergie. À une époque où le monde s'efforce d'atteindre un avenir numérisé, électrifié et sans combustibles fossiles, les ressources naturelles ont un rôle incontournable et essentiel à jouer. On observe une demande fondamentalement croissante pour les sources d'énergie et l'alimentation du futur ; une demande qui ne peut être satisfaite que par le secteur des ressources naturelles. Le monde évolue, tout comme la nécessité de recourir aux différents segments du secteur des ressources naturelles.

Bénéficier d'une corrélation négative sur la durée

Un livre blanc, publié en 2016 par Lucas White et Jeremy Grantham chez GMO*, a montré que « les actions du secteur des ressources naturelles offrent une diversification par rapport au marché des actions au sens large, et les avantages de la diversification augmentent sur des horizons plus longs ». Nous avons entrepris de tester cette hypothèse sur un ensemble de données plus large qui inclut l'agriculture. En nous appuyant sur leur analyse, nous avons décomposé le marché américain en ses différents secteurs et avons calculé les corrélations entre ces secteurs et l'indice MSCI World (le marché) sur différentes périodes glissantes en utilisant des données allant de février 1995 à février 2022 (voir graphique 1).

Nous avons défini les ressources naturelles comme un indice équipondéré des secteurs des mines, de l'énergie et de l'agriculture, globalement similaire à l'indice S&P Global Natural Resources.L'analyse montre que la corrélation entre les actions du secteur des ressources naturelles, les autres secteurs et le marché est élevée à court terme, mais qu'elle diminue considérablement à long terme. En effet, sur une période de dix ans, la corrélation entre les ressources naturelles et le marché dans son ensemble est négative, alors qu'elle reste positive et augmente avec le temps pour les autres secteurs.

*Livre blanc de GMO : An investment only a mother could love : the case for natural resource equities, Lucas White et Jeremy Grantham, septembre 2016.

Graphique 1 : Les actions du secteur des ressources naturelles sont négativement corrélées avec le marché actions dans son ensemble sur le long terme

Source : Bloomberg, FactSet, Janus Henderson Investors. Corrélation entre le secteur des ressources naturelles (énergie + mines + agriculture) et les autres secteurs de l'indice MSCI World, observations mensuelles de février 1995 à février 2022. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Une performance potentiellement plus élevée pour un risque moindre ?

Au-delà de leur contribution constante à la création de richesse et à notre qualité de vie, les ressources naturelles présentent intrinsèquement les caractéristiques d'un type d'investissement particulièrement intéressant. Comme pour ce qui est de la gravité dans le domaine de la physique, il existe dans l'univers de l'investissement certaines lois immuables, en particulier celle qui régit la relation entre le risque et la performance. Notre analyse révèle qu'en introduisant les ressources naturelles dans un portefeuille d'actions, il est possible de générer une performance similaire, mais avec un risque moindre, mesuré par la volatilité (écart-type).

En nous inspirant du livre blanc de GMO, notre analyse sur plus de 25 ans de données montre que, comparée à celle du marché, la performance moyenne sur dix ans d'un portefeuille composé à 75 % de l'indice MSCI World et à 25 % de ressources naturelles a augmenté, tandis que son écart-type (le risque) a diminué. Il est intéressant de noter que les conclusions sont les mêmes, bien que moins spectaculaires, si l'on utilise un portefeuille composé à 90 % du MSCI World et à 10 % de ressources naturelles (voir graphique 2). Comme on pouvait s'y attendre, on obtient un résultat comparable en calculant le ratio de Sharpe à partir de ces données.

Graphique 2 : Une allocation aux ressources naturelles peut améliorer la performance ajustée du risque sur le long terme (10 ans)

Source : Janus Henderson Investors et Factset. Écart-types et performances sur 10 ans glissants d'un portefeuille hypothétique composé de l'indice MSCI World et d'actions du secteur des ressources naturelles (énergie + mines + agriculture). Observations mensuelles de février 1995 à février 2022. Les exemples hypothétiques sont donnés à titre d'illustration uniquement et ne représentent pas les performances d'un investissement particulier. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Le chat de Schrödinger

La physique quantique nous enseigne qu'une chose peut exister dans deux états. La matière est à la fois une particule et une onde ; les actions du secteur des ressources naturelles sont à la fois cycliques et constituent une source efficace de diversification d'un portefeuille. Pour reprendre les mots d'Erwin Schrödinger, « cela n'incarnerait rien de confus ou de contradictoire ». La clé réside dans l'horizon temporel. Si les ressources naturelles sont étroitement liées au cycle économique à court terme, elles ont tendance à suivre leur propre rythme sur des périodes plus longues. Tout le monde ne raisonne pas sur un horizon de dix ans. Nous avons donc refait l'analyse du couple risque/rendement sur des périodes glissantes de cinq ans en utilisant les mêmes données et nous avons obtenu des résultats semblables.

En résumé, sur des horizons de cinq ou dix ans, l'ajout des ressources naturelles, y compris l'agriculture, comme composante de base d'un portefeuille est susceptible de générer une meilleure performance avec un risque moindre. Au lieu de scruter le trottoir à la recherche de quelques centimes, il vaut mieux regarder l'horizon pour y trouver des pépites d'or.

Qui plus est, dans un contexte d'inflation croissante, un investissement dans le secteur des ressources naturelles présente d'autres attraits. Il a été démontré que les actions minières ont une bonne corrélation (relation positive) avec les anticipations d'inflation et peuvent être considérées comme des actifs réels alors que nous sommes en présence de taux réels négatifs. Ce secteur ne fait techniquement pas les frais de la disruption, mais il en tire profit grâce aux secteurs de l'énergie et de la mobilité : les énergies renouvelables utilisent beaucoup plus de cuivre ou d'acier que les combustibles fossiles, tandis que les véhicules électriques nécessitent beaucoup plus de cuivre que les moteurs à combustion.

De même, les secteurs de l'emballage et de la sylviculture présentent une forte corrélation avec les anticipations d'inflation et bénéficient du passage au commerce électronique et du remplacement des plastiques par des emballages à base de fibres. De nombreuses entreprises du secteur des ressources naturelles semblent bien positionnées en termes de solidité du bilan, de génération de flux de trésorerie et de dividendes, par rapport au reste du marché. Selon l'équipe, les valorisations actuelles sont intéressantes et un investissement à long terme pourrait bien se révéler fructueux.

Les ressources naturelles jouent un rôle central en faveur de la durabilité

We are optimistic about the prospects for natural resources companies, which are at the nexus of sustainable development and the decarbonisation transition. While some resource sectors have potentially high environmental and social impacts associated with their extraction, production, manufacture, and distribution, we believe that sustainable natural resource companies have a key role to play in supporting the transition to a more sustainable and low-carbon economy. In our view, companies that adhere to sustainable practices are best prepared for the future and are therefore more likely to deliver attractive, risk-adjusted returns.

Notes :

La volatilité représente la vitesse et l'ampleur des mouvements à la hausse et à la baisse du prix d'un portefeuille, d'un titre ou d'un indice, et est utilisée pour mesurer le risque d'un investissement.

La corrélation indique de quelle manière deux variables évoluent l'une par rapport à l'autre. Une valeur de 1,0 implique des mouvements parallèles, -1,0 implique des mouvements en sens inverse, et 0,0 implique une absence de relation.

L'écart-type est une statistique qui mesure la variation ou la dispersion d'un ensemble de valeurs ou de données. Un faible écart-type indique que les valeurs ont tendance à être proches de leur moyenne, tandis qu'un écart-type élevé indique que les valeurs sont plus dispersées. Lorsqu'il s'agit de déterminer la valeur d'un investissement, l'écart-type peut donner une idée de la volatilité historique de celui-ci.

Le ratio de Sharpe mesure la performance d'un portefeuille ajustée du risque. Un ratio de Sharpe élevé indique une meilleure performance ajustée du risque. Ce ratio est conçu pour évaluer dans quelle mesure la performance d'un portefeuille peut être attribuée aux compétences du gérant du portefeuille, par opposition à une prise de risque excessive.

Les matières premières (telles que le pétrole, les métaux et les produits agricoles) et les titres liés aux matières premièressont soumis à une volatilité et à un risque accrus et peuvent ne pas être indiqués pour tous les investisseurs. Les matières premières sont de nature spéculative et peuvent être affectées par des facteurs tels que les mouvements du marché, les évolutions économiques et politiques, les perturbations de l'offre et de la demande, les conditions météorologiques, les maladies et les embargos.

Les industries du secteur des ressources naturellescpeuvent être considérablement affectées par les variations de l'offre et de la demande de ressources naturelles, les prix de l'énergie et des matières premières, les évolutions politiques et économiques, les incidents environnementaux, les projets de conservation de l'énergie et d'exploration.

L'investissement durable ou environnemental, social et de gouvernance (ESG) iprend en compte des facteurs allant au-delà de l'analyse financière traditionnelle. Cela peut limiter l'univers des investissements disponibles et conduire à des performances et des expositions différentes de celles du marché dans son ensemble, et potentiellement plus concentrées sur certains segments.

La diversification ne peut garantir un bénéfice ni éliminer le risque de subir des pertes d'investissement.

L'indice S&P 500® reflète la performance des actions américaines à grande capitalisation et représente la performance du marché des actions américaines dans son ensemble.

L'indice MSCI World reflète la performance du marché des actions des marchés développés mondiaux.

L'indice S&P Global Natural Resources reflète la performance des grandes entreprises de ressources naturelles et de matières premières cotées en bourse dans les secteurs de l'agroalimentaire, de l'énergie, des métaux et des mines.