Le gérant de portefeuille Jeremiah Buckley analyse l’environnement actuel des grandes capitalisations américaines.

Principaux points à retenir :

  • Les actions ont connu un début d’année difficile, les investisseurs mesurant les effets de l’inflation, de l’ajustement des politiques monétaires et de la montée des tensions géopolitiques.
  • Tandis que ces forces macroéconomiques évoluent, nous avons privilégié deux domaines : la situation des chaînes d’approvisionnement mondiales et la pérennité des tendances de croissance à long terme.
  • Parmi les secteurs que nous privilégions pour les grandes capitalisations américaines, les fondamentaux restent favorables à la croissance des entreprises, et la volatilité accrue pourrait constituer une opportunité de concentration active sur des segments de marché et des entreprises spécifiques au sein de la classe d’actifs.

Après deux années de forte appréciation du marché en 2020 et 2021, l’indice S&P 500® a récemment chuté de plus de 10 % après avoir atteint un sommet historique le 3 janvier 2022. L’indice S&P 500® Information Technology – qui reflète la tendance du secteur à l’origine d’une grande partie de la performance du marché ces deux dernières années (Graphique 1) – a chuté encore plus brutalement, reculant de plus de 15 % depuis son pic du 27 décembre 2021.

Graphique 1 : Performance de l’indice du 1er janvier 2020 au 22 février 2022

Source : Bloomberg, le 23 février 2022. Les performances passées ne sont pas des indicateurs fiables des performances futures.

La volatilité des marchés en début d’année a été alimentée par une inflation plus persistante, un ajustement de la politique monétaire des banques centrales et l’exacerbation des tensions géopolitiques, notamment avec le déclenchement récent du conflit entre la Russie et l’Ukraine. Bien que nous n’ayons pas la main sur ces évolutions macroéconomiques, nous nous sommes particulièrement penchés sur deux questions spécifiques dans un contexte de forte volatilité. Premièrement, les problèmes que connaissent les chaînes d’approvisionnement, qui se sont aggravés depuis le début de la pandémie, commencent-ils à s’atténuer ? Et deuxièmement, les tendances à long terme qui ont stimulé la croissance du marché et de l’économie ces deux dernières années sont-elles susceptibles de durer ?

Rétablir les chaînes d’approvisionnement

L’offre de main-d’œuvre est une source de préoccupation constante. La pandémie a considérablement réduit les taux de participation et la pénurie de main-d’œuvre qui en a découlé a perturbé les chaînes d’approvisionnement, notamment dans l’expédition et le transport des marchandises. Nous commençons à entrevoir une certaine embellie, les entreprises signalant désormais une main-d’œuvre plus disponible, mais l’ampleur de l’amélioration de l’environnement sanitaire liée à la COVID-19 et sa capacité à réduire l’impact sur l’offre de main-d’œuvre serait probablement bénéfique aux prix et à la croissance économique.

La disponibilité réduite des matières premières et des composants essentiels à la production a également accentué les difficultés existantes sur les chaînes d’approvisionnement. Toutefois, les entreprises constatent aujourd’hui une certaine amélioration dans l’approvisionnement en matières premières. S’agissant des pénuries de composants, nombre d’entre elles prévoient une amélioration au second semestre 2022. Des progrès significatifs dans ces pénuries de main-d’œuvre et d’intrants pourraient ralentir de manière significative la hausse de l’inflation mise en évidence par les récents chiffres de l’indice des prix à la consommation (IPC). À l’inverse, si l’inflation persiste, les banques centrales pourraient être contraintes d’augmenter les taux de manière agressive pour réduire sensiblement la demande, de sorte que ces facteurs devront être surveillés de près. Certes, nous aimerions observer davantage de progrès dans ce domaine. Mais pour l’instant, nous commençons au moins à entrevoir une légère amélioration de certains facteurs à l’origine des problèmes que connaissent les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Les données sont favorables aux thématiques liées à la transformation numérique

En réponse aux difficultés actuelles sur les chaînes d’approvisionnement, nous anticipons une accélération des investissements des entreprises qui cherchent à donner plus de flexibilité à leurs processus de production et à leurs chaînes d’approvisionnement. Plus précisément, comme nous l’avons déjà indiqué précédemment, nous devrions assister à une augmentation des dépenses dans les domaines de l’automatisation et des technologies, ce qui pourrait résorber les pénuries de main-d’œuvre et réduire les pressions salariales, tout en accélérant les délais d’expédition et de fabrication dans des secteurs tels que l’industrie. De même, nous avons constaté durant le trimestre écoulé une croissance soutenue des entreprises technologiques qui profitent de la transition généralisée vers une économie davantage axée sur le numérique, notamment dans les services de cloud, les logiciels et les semi-conducteurs.

Les bénéfices restent bien orientés

Les grandes capitalisations américaines ont globalement dépassé les estimations de bénéfices fin 2021. Les rares, parmi elles, qui ont eu des difficultés et ont annoncé, de manière anticipée ou pas, des résultats inférieurs aux attentes, étaient étroitement liées à la hausse des coûts des intrants pétrochimiques, ce qui représente une part relativement faible du marché. Dans l’ensemble, les prévisions de bénéfices pour 2022 ont également été conformes ou supérieures aux attentes. Nous avons été rassurés par l’augmentation des dividendes et des rachats d’actions et, en dehors d’un petit nombre de secteurs, nous continuons d’observer d’importants investissements de la part des entreprises, en particulier sur les projets liés à l’automatisation et aux technologies tels que ceux mentionnés ci-dessus. Compte tenu du récent repli du marché, les valorisations relatives de notre principal univers d’investissement sont proches des niveaux antérieurs à la pandémie. Ainsi, malgré la volatilité, nous maintenons des perspectives généralement positives pour les actions.

Considérations sectorielles dans un contexte de hausse des taux

L’environnement actuel, caractérisé par la hausse des taux d’intérêt et l’ajustement des politiques monétaires des banques centrales, aura certainement un impact sur la sélection sectorielle. Dans contexte, les investisseurs peuvent être enclins à se tourner vers des secteurs tels que les services financiers, qui ont tendance à bénéficier de la hausse des taux. Mais nous les invitons à la prudence. Bien qu’une telle hausse puisse potentiellement entraîner une augmentation des revenus nets d’intérêts, les investisseurs doivent également tenir compte du fait que la situation financière des ménages peut changer et avoir un impact sur certaines variables, telles que la croissance des prêts et les pertes de crédit. Au sein des secteurs présentant un profil obligataire, tels que l’immobilier et les services aux collectivités, qui sont fortement financés par la dette, la hausse des taux entraînera une augmentation des coûts d’emprunt et pourrait rendre ces investissements moins intéressants que les alternatives obligataires à rendement plus élevé. Enfin, les entreprises à forte croissance qui ne sont pas encore rentables ou dont les flux de trésorerie sont négatifs peuvent voir leurs valorisations s’éroder considérablement à mesure que les taux d’intérêt – et donc les taux d’actualisation – augmentent.

D’autre part, alors que nous surveillerons de près l’impact des taux d'intérêt sur les dépenses de consommation, nous pensons qu’il existe des opportunités dans le secteur de la consommation cyclique, soutenu par une croissance saine des salaires et des bilans solides au sein du secteur de la consommation. Comme nous l’avons mentionné précédemment, un certain nombre d’entreprises axées sur les technologies devraient connaître une croissance dynamique à long terme en raison des dépenses continues liées à la transition numérique de l’économie, indépendamment de l’évolution des taux d’intérêt.

Ainsi, plusieurs facteurs nous incitent à l’optimisme sur le segment des grandes capitalisations américaines. Les fondamentaux restent favorables à la croissance des entreprises, et la volatilité accrue pourrait constituer une opportunité de concentration active sur des segments de marché et des entreprises spécifiques au sein de la classe d’actifs.

 

Les titres de participation sont soumis à des risques, y compris le risque de marché. Les performances fluctueront en fonction des évolutions de l'émetteur, de la politique et de l'économie.

Les titres obligataires sont soumis aux risques de taux d’intérêt, d’inflation, de crédit et de défaut. Le marché obligataire est volatil. Lorsque les taux d’intérêt augmentent, le prix des obligations baisse généralement, et vice versa. Le remboursement du capital n’est pas garanti et les prix peuvent baisser si un émetteur n’honore pas ses paiements en temps voulu ou si sa solidité financière se détériore.

Les obligations high yield ou « junk » impliquent un plus grand risque de défaut et de volatilité des prix. Elles peuvent connaître des variations de prix soudaines et brutales.

Les secteurs technologiques peuvent être considérablement affectées par l’obsolescence des technologies existantes, la brièveté des cycles de production, la chute des prix et des bénéfices, la concurrence des nouveaux arrivants sur le marché et la conjoncture économique dans son ensemble Un investissement centré sur une seule industrie pourrait être plus volatil que la performance d’investissements moins concentrés et que le marché dans son ensemble.

Les secteurs de la consommation discrétionnaire peuvent être considérablement affectés par les performances de l’économie dans son ensemble, les taux d’intérêt, la concurrence, la confiance et les dépenses des consommateurs, ainsi que par les changements démographiques et les goûts des consommateurs.

Glossaire

La volatilité mesure le risque en utilisant la dispersion des performances pour un investissement donné. L’indice S&P 500® reflète la performance des actions américaines de grande capitalisation et est représentatif de la performance des marchés actions américains. L’indice S&P 500® Information Technology est composé des entreprises de l’indice S&P 500 qui sont classées dans le secteur GICS® des technologies de l’information.
L’indice des prix à la consommation (IPC) est un indice non géré représentant le taux d’inflation des prix à la consommation aux États-Unis, tel que déterminé par le département américain des statistiques du marché de l’emploi (U.S. Department of Labor Statistics).